Autoportrait

Richard Dindo, petit-fils d’immigrants italiens, vit entre Zürich, sa ville natale, et Paris, la ville de sa deuxième naissance, où il habite depuis 1966 et où il a vécu les événements de 1968 qui l’ont profondément marqués et auxquels il est toujours resté fidèle. Dindo est allé à Paris jadis pour apprendre le français en lisant avec un dictionnaire dans la main, Marcel Proust et Rimbaud, et surtout, pour aller à la Cinémathèque française pour y voir des films. On peut donc dire qu’il est un enfant des films qu’il a vu et des livres qu’il a lu, et d’ailleurs, beaucoup de ses films sont des „mariages“ entre le cinéma et la littérature.

 

Dindo a d’une part fait des films qu’on pourrait appeller „politiques“ et d’autres plus purement „poétiques“. Dans les premiers il s’intérèsse au rôle et à l’engagement de l’intellectuel dans la société, l’intellectuel de 68 compris comme un rebel et un rêveur, quelqu’un qui rêve de la Révolution comme quelque chose de désirable et en même temps à jamais impossible.

 

Dindo aime par conséquent les vaincus, les opprimés et les humilés et il fait avec eux son „travail de deuil“ en compatissant avec leurs défaites qui sont aussi les siennes.

 

Le cinéaste nous dit qu’il voit le passé comme un „objet de mémoire“ et l’avenir comme un „objet d’utopie“, et le présent comme cet instant insaisissable et souvent incompréhensible qu’on ne saisit qu’après coup, grâce à la distance et la mémoire justement.

 

Comme les sujets de ses films sont souvent liés au passé, on peut dire qu’il est un documentariste „impure“, dans la mesure où il ne court pas avec sa caméra après les événements et les personnes, car en réalité, chez lui, il n’y a souvent „plus rien à voir“, les événements ayant déjà eu lieu et ses personnages sont souvent déjà morts.

 

Dindo dit que le cinéma documentaire se fait dans „l’ombre de son sujet“. D’abord il faut un sujet, ensuite on va à la recherche d’un film qui doit représenter et dévoiler „la vérité“ de son sujet.

 

Il dit aussi que „le réél dépasse la fiction“ et que la force et l’intérêt pour lui du cinéma documentaire est que le monde est toujours déjà là, qu’on n’a pas besoin de l’inventer, qu’il suffit de le voir, de le lire, de le comprendre et ensuite de le traduire en film. Dindo se définit comme „un travailleur de la mémoire“ qui cherche à fonder un „art de la biographie“. Dans presque tous les titres de ses films, il y a un nom de famille. Le nom comme fondateur de la vérité de ses personnages. Ceux-ci il les écoute comme un analyste écoute ses patients, car „la vérité“ de l’autre est dans sa parole. Le biographe fait donc son portrait de l’autre à travers son autobiographie et son auto-représentation, car chaque personne humaine est d’abord seule à se comprendre elle-même. On ne connaît l’autre et on le comprend qu’à travers lui-même. On peut dire que Dindo est un cinéaste „philosophique“, dans la mésure où „ça pense“ dans ses films, ça pense à travers les paroles de ses personnages, mais aussi dans les images elles-mêmes qu’il faut savoir „lire“ à travers ce qu’elles montrent et à travers ce qu’elles cachent, ce qu’elles ne savent pas montrer, parce que ce dont elles parlent, n’existe plus.

 

Ce que disent les personnages dans les films du cinéaste il le pense lui aussi, leur langage est le rêve qu’il a du langage. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il les a choisi et fait des films sur eux.

 

Et puis, il y a toujours une dimension métaphorique dans ses films, difficile à expliquer avec des

mots, la métaphore étant ce que les spectacteurs doivent s’imaginer eux-mêmes au delà de ce que les images peuvent leur montrer. Le cinéaste dit dans ses films, à travers ses personnages, ce qu’on peut dire avec des mots, et il montre avec ses images ce qu’on ne peut montre qu’avec des images. Contrairement à la plupart des films documentaires, les films de Dindo commençent souvent avec les mots et les phrases et non pas avec les images. Et c’est souvent à partir d’un texte qu’il part à la recherche des images qu’il appelle „des images possibles“ et qu’il trouve dans les villes et dans les déserts, dans les fôrets et au bord de la mer, au ciel avec „ces merveilleux nuages qui passent“ et surtout sur les visages des hommes et des femmes qui se trouvent devant sa caméra, le cinéma étant par définition une entreprise humaine qui s’intérèsse au destin des hommes, à leur biographie, à leurs origines,  à leurs espoirs et à leurs déceptions. Ca parle de choses simples et essentielles, comme du temps qui passe et „de la mort au travail“. Dindo a appris de Marcel Proust que „le temps perdu“ ne peut être retrouvé qu’à travers une oeuvre d’art.

 

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